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Avant-première du film Lilting ou la délicatesse

by Cordélia

Bonjour à tous et à toutes !

Si vous me suivez sur les réseaux sociaux, vous avez peut-être vu passer mes quelques posts sur le film Lilting. J’ai eu la chance d’aller le voir avec une amie en avant-première le 25 août au MK2 Beaubourg. Ce film était projeté dans le cadre du festival Beaubourg Mon Amour, dédié aux films d’amours homos et bies. Je n’ai pas été voir d’autre film que Lilting à l’occasion de ce festival, et je le regrette un peu. J’ai seulement vu La Vie d’Adèle et Free Fall, mais j’espère bien pouvoir visionner ces films un jour. Même si ce ne sera sans doute pas sur grand écran.

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Lilting est un film britannique de Hong Khaou qui sortira le 15 octobre prochain. C’est un film dramatique qui aborde des thèmes comme la perte d’un proche, le deuil, la famille, la différence, le coming-out, le choc des cultures… A l’affiche, on trouve le sublime Ben Whishaw (d’accord, je ne suis pas très objective, je suis bien trop amoureuse de lui…), Pei-Pei Cheng et Andrew Leung. Si j’ai été voir ce film, c’est d’abord pour Ben Whishaw (soyons honnête), mais aussi pour le pitch du film qui m’a tout de suite séduite.

Dans le Londres contemporain, une mère sino-cambodgienne pleure la mort prématurée de son fils. Son monde s’écroule et se trouve perturbé par la présence d’un étranger. Leur difficulté à communiquer les force à faire appel à un traducteur. Ensemble, ils commencent à reconstituer les souvenirs d’un homme qu’ils ont tous deux aimé.

Déjà sur le papier, j’aimais ce film. La bande-annonce m’a tout de suite séduite et le fait que mon acteur préféré joue l’un des personnages principaux ne pouvait que me pousser à aimer davantage. Lilting est un film assez court, je ne suis plus habituée à ces formats d’une heure et demie, à force de regarder des blockbuster de deux ou trois heures. Une heure et demie pour moi, c’est un épisode de Sherlock ! Mais passons, ce n’est pas très important.

Le fait est qu’en seulement une heure et demie, on passe du rire aux larmes. Il est rare que j’éclate de rire au cinéma ou devant un écran quelconque (tiens en passant ça me fait penser à cette vidéo de Suricate : Le Rire 2.0). Je ne m’attendais vraiment pas à rire quand je suis rentrée dans la salle, plutôt à pleurer. Et pourtant… Hong Khaou est parvenu à réaliser un savant mélange de manière à faire passer le spectateur par toutes les émotions. On est amusé, attendri, stressé, mal à l’aise. On sourit niaisement, on rit et on pleure. J’ai vu des comédies où je riais tout le temps. J’ai vu des drames où j’avais constamment la larme à l’œil.

L’histoire est assez simple. Une mère, Junn, a perdu son fils unique, Kai. Fils qui l’avait placée en maison de retraite, faute de meilleure solution. Elle est complètement perdue, elle se laisse aller et se renferme encore plus qu’elle ne l’était déjà. Et pourtant, le monde continue de tourner. Elle fréquente un homme anglais qu’elle ne comprend pas et profite pour lui raconter sa peine en sachant pertinemment qu’il ne comprend pas un mot de ce qu’elle dit. Elle a du mal à croire à la mort de son fils, elle pense encore qu’il va revenir, les souvenirs sont encore trop frais dans son esprit.

A côté de ça, il y a cet homme, Richard, qui vient la voir. C’est un ami de son fils, un ami qu’elle n’a jamais aimé. Elle a toujours eu l’impression qu’il lui volait son fils, que c’était à cause de cet homme que Kai l’avait abandonné en maison de retraite. Elle espérait qu’il allait lui dire qu’il arrêtait de vivre avec cet homme pour vivre avec elle, parce qu’elle est sa mère et qu’il n’est qu’un ami. Le fait est que Kai ne lui a jamais avoué – en quatre ans – que Richard n’était pas son ami. Il est bien plus que ça, il est son compagnon.

Richard ressent le besoin de se rapprocher de la mère de l’homme qu’il aimait, mais il se heurte à la barrière de la langue et ne sait pas comment expliquer qui il était pour Kai. Il ne sait pas comment elle peut réagir en apprenant l’homosexualité de son fils, encore plus maintenant qu’il est mort. Il doit faire face aux réticences de Junn, à sa froideur, à ses reproches quand lui-même a bien du mal à garder la tête hors de l’eau.

Pour essayer d’arranger les choses, Richard fait appel à une jeune femme pour faire la traduction. Au début, il propose simplement à Vann de traduire pour Junn et Alan, l’homme anglais qu’elle a rencontré à la maison de retraite. Il veut l’aider, comme pour se donner un nouveau but dans la vie. Mais bien sûr, il essaye malgré tout de profiter de la situation pour échanger avec Junn, espérant trouver le courage et les mots pour lui expliquer qui il est réellement.

C’est un film très intimiste que nous propose Hong Khaou. Il n’y a que cinq personnages que je vais vous présenter, en vous expliquant pourquoi je les ai autant aimé (car ils étaient tous exceptionnels).

Junn : Pei-Pei Cheng film lilting

Junn : Pei-Pei Cheng

Au début, je n’aimais pas trop Junn (parce qu’elle était méchante avec le personnage de Ben). Mais très vite, je me suis prise d’affection pour cette femme. Elle est incroyablement calme, d’apparence assez froide, mais avec parfois un petit sourire. J’ai trouvé une grande noblesse dans le deuil de cette mère et le jeu de Pei-Pei Cheng est absolument époustouflant. J’y ai cru du début à la fin. Je n’avais jamais vraiment trouvé que le chinois était une belle langue, je trouvais ses sonorités un peu bizarres, mais au fur et à mesure, on s’habitue à la mélodie et on se retrouve vraiment transporté ailleurs. Et c’est marrant d’essayer de deviner ce qu’elle dit avant que Vann fasse la traduction, on finit presque par la comprendre, rien qu’avec les intonations et les expressions du visage.

Kai : Andrew Leung film lilting

Kai : Andrew Leung

On ne connait pas vraiment Kai, on le voit seulement dans les souvenirs qui tournent en boucle dans la tête de Junn et celle de Richard. C’est assez perturbant d’ailleurs, de revoir sans cesse les mêmes scènes. Au début, ça m’a gêné, mais finalement je comprends pourquoi c’est comme ça. Junn et Richard ne cessent de revivre les derniers moments qu’ils ont vécu avec Kai. On ne sait pas vraiment quel genre d’homme il était, ce qu’il aimait, ce qui faisait de lui quelqu’un de bien. Notre regard sur ce personnage est biaisé car on ne le voit que dans les yeux de deux personnes qui l’aimaient plus que tout au monde. Ça fait de lui un fantôme, un personnage fantasmé. Je n’ai pas vraiment été triste pour lui, mais plutôt pour Junn et Richard. Les plus malheureux, ce sont ceux qui restent.

Richard : Ben Whishaw film lilting

Richard : Ben Whishaw

Mon petit chéri… Vous l’avez peut-être deviné si vous avez l’habitude de lire les articles de mon blog, mais je suis une fan inconditionnelle de Ben Whishaw. C’est l’amour de ma vie et en plus, c’est un acteur fichtrement talentueux, un vrai caméléon. Il ne joue pas, il devient le personnage, c’est fascinant (si vous en doutez, regardez Le Parfum, histoire d’un meurtrier et vous verrez de quoi je parle).

Richard est aussi touchant que Junn, peut-être même plus car il se met toujours en retrait. Ou plutôt, il finit toujours par se mettre en retrait. Il est abattu, on le sent complètement dévasté par la mort de Kai, mais il essaye de faire face. Finalement, c’est le seul qui craque, qui pleure, qui s’emporte. C’est assez intéressant d’ailleurs de voir que la femme est froide et que l’homme ne cherche pas forcément à cacher sa sensibilité. Personnellement, j’ai été en empathie avec lui durant tout le film, à croiser les doigts pour que ça se termine bien.

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Vann : Naomi Christie

Vann est la jeune femme que Richard contacte pour servir de traductrice à Junn. Elle n’a pas de formation, au début on la sent un peu réticente, mais elle trouve l’histoire de Richard touchante alors elle accepte de l’aider. C’est assez drôle de la voir pédaler dans la semoule avec la traduction. Si elle essaye de rester en retrait les premiers temps, elle finit par se prendre au jeu et à se mêler des affaires de Junn, Alan et Richard. Elle se sent de plus en plus concernée, elle a envie que tout le monde se réconcilie, mais évidemment ça ne se passe pas forcément comme prévu.  J’ai beaucoup aimé ce personnage, surtout la manière qu’elle a de s’imposer et comment elle finit par devenir un véritable membre actif de ce petit groupe, en abandonnant son seul rôle de traductrice.

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Alan : Peter Bowles

Alan, c’est le petit rigolo de l’histoire. La plupart de ses répliques qu’on fait rire aux éclats, il est vraiment génial. Et attendrissant… Alan fréquente Junn au début du film. Ils ne se comprennent pas, mais pourtant ils passent leur temps à se faire des bisous. Grâce Vann qui joue les interprètes, ils vont apprendre à se connaître. Et comme on peut s’en douter, cela ne va pas être de tout repos. Ils sont tellement habitués l’un à l’autre, parlant chacun dans leur langue, que cette chute de la barrière de la langue va les déstabiliser. C’est très intéressant quand on y réfléchit. Mais ce qu’on retient en sortant du cinéma, c’est surtout que c’était tordant ! Pouvez-vous lui demander quelle est sa couleur préférée ?

C’est une très belle histoire sur la différence et la difficulté qu’on peut avoir à se comprendre. Dans Lilting, il y a la barrière naturelle de la langue, mais on peut donner une portée plus large à ce thème. Il est parfois difficile de s’exprimer, surtout lorsqu’il s’agit de parler de ses sentiments et il est très facile de dresser un mur entre soi et l’autre, sans vraiment le vouloir.

Mais c’est aussi et surtout un film sur l’amour. L’amour que porte une mère à son fils, et celui d’un fils envers sa mère, l’amour qui uni deux personnes. Au début, c’est un peu comme si Richard et Junn se mesuraient l’un à l’autre. Qui va garder les cendres de Kai, qui va garder ses affaires… Ce n’est pas une histoire d’amour, ce sont des histoires d’amour et je trouve ça tellement beau. Le deuil est bien évidemment un thème extrêmement présent. Comment se remettre de la mort de son enfant, de son compagnon, de quelqu’un qu’on aime ?

Le coming-out a aussi une place relativement importante, ce secret entre la mère et le fils. Avec tout ce qui gravite autour, la peur d’être rejeté chez Kai et après Richard qui a besoin que Junn sache qui il est réellement, mais qui ne veut pas qu’elle le prenne mal et qu’elle ait peut-être une mauvaise image de son fils. Durant tout le film, on ne sait pas comment Junn peut réagir et c’est justement ce qui fait peur. On se met à la place de n’importe quelle personne susceptible de sortir du placard, on est dans l’incertitude totale. On sait que ça peut mal se passer et au final la peur prend le dessus, jusqu’à ce que Richard se jette à l’eau. Pour avoir personnellement eu à faire mon coming-out (et sachant que je vais devoir répéter cette opération jusqu’à la fin de ma vie…), c’est l’un des aspects du film qui m’a le plus émue.

Pitié, n’allez pas voir ce film en VF. Je dirais même, n’allez pas voir un film en VF tout court mais ce serait peut-être un peu extrême… Quoi qu’il en soit, la voix de Ben Whishaw est trop belle, trop bien posée et sa diction est trop parfaite pour passer à la trappe. C’est un film magnifique à l’oreille, avec l’anglais et le chinois qui se mélangent et se répondent. Je n’ai pas vu la VF, peut-être que ce n’est pas mal fichu, mais j’ai vraiment peur que ce soit le cas. Donc foncez à la séance en VOSTFR, s’il vous plaît !

Je terminerai cette review de Lilting par le dialogue que je trouve le plus représentatif entre Junn (via Vann la traductrice) et Richard, et qui en plus est absolument magnifique.

You have a house, filled with his things, why won’t you let me – let her have her son’s ashes ? He was my only child.
He was my life, he was my happ… Don’t. Don’t translate that. She doesn’t know. She doesn’t know that we were together.

En français pour ceux qui liraient mal l’anglais…

— Vous avez une maison et toutes ses affaires, pourquoi ne me laissez-vous… ne la laissez-vous pas avoir les cendres de son fils ? Il était son seul enfant.
Il était toute ma vie, il était ma joie de viv… Non. Ne traduisez pas ça. Elle ne sait pas. Elle ne sait pas que nous étions ensemble.

affiche du film lilting ou la délicatesse

Et vous ?

En bref, c’est un film que je vous conseille vraiment d’aller voir en salles dès qu’il sortira ! Si vous allez le voir, j’espère que vous viendrez me donner votre avis juste ici ! En attendant, vous pouvez toujours me dire si vous avez envie d’aller au cinéma pour Lilting ou pas. Ai-je réussi à vendre ce film correctement ? Est-ce que vous aimez Ben Whishaw ? Sachez que je ne suis pas très partageuse…

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